Le port de la prothèse exerce une influence significative et majoritairement bénéfique sur le membre fantôme, en réduisant les douleurs et en facilitant les mouvements fantômes volontaires, ce qui souligne la nécessité d'intégrer systématiquement cette dimension dans la prise en charge rééducative et la conception des emboîtures prothétiques.
Si la littérature scientifique s'est largement intéressée au membre fantôme en dehors du port de la prothèse, peu d'études ont exploré cette relation de manière exhaustive, en distinguant ses différentes composantes (SF indolores, SF douloureuses, MFV). Or, la majorité des personnes amputées du membre inférieur portent leur prothèse quotidiennement, rendant indispensable une meilleure compréhension de cette interaction dans une perspective à la fois clinique et de recherche.
En bref : Cette étude transversale, basée sur des entretiens semi-dirigés conduits auprès de 111 personnes amputées du membre inférieur suivies dans quatre centres de rééducation français, avait pour objectif de caractériser l'influence du port de la prothèse sur les sensations fantômes (SF) indolores, les SF douloureuses et les mouvements fantômes volontaires (MFV), en position assise statique. Les résultats montrent que le port de la prothèse augmente l'intensité des SF indolores chez 44 % des patients influencés, diminue l'intensité des SF douloureuses chez 44 % d'entre eux, et améliore la capacité à réaliser des MFV chez 47 % des patients concernés. Cette influence ne semble pas liée aux caractéristiques démographiques ni cliniques des patients, mais pourrait être médiée par la pression exercée par l'emboîture prothétique sur le moignon.
L'étude a interrogé 107 personnes amputées du membre inférieur sur leurs sensations et mouvements fantômes, et sur l'influence du port de la prothèse sur ces phénomènes.
Enquête transversale, 107 amputés MI (58 transtibiaux, 49 transfémoraux). Questionnaire semi-structuré : présence, localisation et caractéristiques des sensations fantômes, influence du port de la prothèse. Tests du chi-deux et corrélations de Spearman.
La grande majorité des amputés (89%) présentent des sensations fantômes. Le port de la prothèse modifie ces sensations chez plus de la moitié des participants, suggérant un lien direct entre interface prothétique et perception du membre fantôme.
Prévalence des sensations fantômes : 89%. Le port de la prothèse modifie les sensations chez 56% des sujets. Corrélation significative entre durée de port quotidien et modification des sensations (rho=0,34, p<0,01). Pas de différence significative entre TT et TF (chi²=2,1, p=0,15).
Le lien entre port de la prothèse et modification des sensations fantômes suggère que l'interface prothétique pourrait être optimisée pour fournir un retour sensoriel naturel, améliorant ainsi l'intégration de la prothèse et la qualité de la marche.